J’ai rédigé cet article pour la revue de l’association des anciens de l’IPEST: l’Hirondelle

 

Qui d’entre nous, ipestiens, n’a pas entendu dire : « vous êtes l’élite, vous êtes l’espoir d’un avenir meilleur, etc. » ? Ce genre d’affirmations, on en a entendu souvent, à l’entrée de l’IPEST, pendant la scolarité, et peut être un peu moins au moment de l’attribution des bourses d’études.

Je trouve normal que le directeur de l’IPEST ou qu’un orateur cherchant à remplir les bancs de son école d’ingénieurs fassent l’éloge de notre « parcours scolaire » et nous disent ce genre d’affirmations. Que le responsable de l’établissement essaye de motiver les troupes, d’accord. Le problème, c’est quand des étudiants tombent émerveillés en entendant ces mots mélodiques qui flattent leurs égos et qu’ils commencent réellement à le croire pendant le reste de leur existence!

Un des exemples que j’ai personnellement vécu, et qui est en relation avec cette conception élitiste: j’ai été dans un échange de mails avec des personnes que je ne connaissais pas mais avec qui le hasard m’a amené à collaborer. On avait le même âge et un parcours scolaire et professionnel équivalent… et voilà que les gens s’auto-félicitaient, avec des slogans irritants du genre « on est l’espoir d’un pays », « on compte sur nous pour faire évoluer les choses »… et j’en passe !

Plusieurs choses me dérangent dans ce comportement. Ce dont j’ai le plus horreur, c’est  qu’entre ces personnes et la modestie, il y a du chemin à faire… Je ne vais pas faire un cours sur la modestie, nous avons tous des expériences de la vie pour que chacun aie un sens de la morale. Ce que je pourrais rappeler, c’est que, dit-on, plus on connait de choses plus on a la capacité de mesurer son ignorance. Que des gens reconnaissent en une personne ses qualités et ses mérites, cela me parait légitime. Par contre, je trouve affilgeant que quelqu’un se définisse comme élite intellectuelle ou scientifique. Cette auto-reconnaissance n’est que le reflet de naiveté et d’arrogance.

Il y a aussi le fait que ce positionnement renforce la médiocrité intellectuelle de ces gens là en les résignant à penser dans la limite d’un spectre d’idées très étroit qu’ils s’imposent eux même. Avoir cette attitude élitiste mène à poser des barrières avec ce qui sort du cadre que la conception de cette élite délimite. C’est rompre avec les idées qui ne proviennent pas de ceux qui ne sont pas considérés « du même niveau ». C’est regarder les choses sous un seul angle, en croyant, bien évidemment, avoir raison.

Je me rappelle bien des derniers mots que nous a dits le directeur de notre école lors de la remise des diplômes : « soyez modestes, et ayez du sens dans ce que vous faites »