Pensées- خواطر
Langue maternelle et progrès
17/02/11
J’ai rédigé cet article pour la revue de l’association des anciens de l’IPEST: l’Hirondelle
Il y a quelques temps, un enthousiasme sans précédent m’a envahi, pour lancer une initiative qui prétend participer à l’amélioration de l’image de la langue arabe, et ce au sein même de nos sociétés arabophones. Cet enthousiasme me pousse à profiter de cet espace adaien pour partager mes reflexions avec vous.
Bien évidemment, Une langue qui offre des possibilités de progrés culturel et scientifique doit être assez riche léxicalement et une capacité d’extension et d’enrichissement. La maitrise d’une telle langue permet d’élargir les horizons de réflexions et conditionne en quelques sortes les capacités des individus à imaginer, à raisonner, à créer… Je pense qu’une langue comme l’arabe a cette capacité là, cette richesse qui lui permet de passer avec succès l’épreuve du temps.
L’Histoire nous apprend beaucoup de choses. Les traductions de livres « des anciens » ou « des autres » occupent une place clé dans ce que les historiens nous signalent. A chaque fois qu’on parle d’apogée de telle ou telle civilisation, il y a un prérequis d’acquisition de la connaissance depuis une langue étrangère vers la langue maternelle. C’était le cas de la civilisation arabo-musulmane, de l’europe occidentale quelques siècles après.
Réfléchir, faire des raisonnement et faire avancer les sciences (…) dans un espace géographique donné et dans une langue maitrisée par la majorité de la société qui occupe ce même espace ne fait qu’alimenter encore et encore cet élan de création.
PS : si ce texte est en Français, c’est que je n’ai pas de clavier en arabe au moment de son écriture
Point philo: Extrait d’une interview avec Gilles Deleuze (avenir des révolutions et devenir révolutionnaire)
21/01/11
« Toutes les révolutions foirent. Tout le monde le sait : on fait semblant de le redécouvrir, là. Faut être débile ! Alors, là-dessus, tout le monde s’engouffre. C’est le révisionnisme actuel. Il y a Furet qui découvre que la révolution française, c’était pas si bien que ça. Très bien, d’accord: elle a foiré aussi. Et tout le monde le sait ! La révolution française, elle a donné Napoléon. On fait des découvertes qui, au moins, ne sont pas très émouvantes par leur nouveauté. La révolution anglaise, elle a donné Cromwell… La révolution américaine, elle a donné… quoi ? Pire, non ? Elle a donné… je sais pas qui… elle a donné Reagan. Ca ne me parait pas tellement plus fameux. Alors, qu’est-ce que ça veut dire ? On est dans un tel état de confusion. Que les révolutions échouent, que les révolutions tournent mal, ça n’a jamais empêché les gens… ni fait que les gens ne deviennent pas révolutionnaires !
On mélange deux choses absolument différentes… – les situations dans lesquelles la seule issue pour l’homme c’est de devenir révolutionnaire. Là encore, on en parle depuis le début… Finalement: c’est la confusion du Devenir et de l’Histoire. Si les gens deviennent révolutionnaires… Oui: c’est cette confusion des historiens… Les historiens, ils nous parlent de l’Avenir de la révolution, l’Avenir des révolutions… Mais c’est pas du tout la question ! Alors, ils peuvent toujours remonter aussi haut pour montrer que si l’Avenir a été mauvais, c’est que le mauvais était déjà là depuis le début, mais le problème concret, c’est: comment et pourquoi les gens Deviennent-ils révolutionnaires. Mais ça, heureusement, les historiens ne l’empêcheront pas. C’est évident que les Africains du Sud, ils sont pris dans un Devenir révolutionnaire. Les Palestiniens, ils sont pris dans un Devenir révolutionnaire. Si on me dit après: « Vous verrez, quand ils auront triomphé… Si leur révolution réussit, ça va mal tourner ! »… D’abord, ce serait pas les mêmes. Ce ne seront pas du tout les mêmes genres de problèmes. Et puis, bon : ça créera une nouvelle situation, à nouveau il y aura des devenirs révolutionnaires qui se déclencheront… L’affaire des hommes, dans les situations de tyrannie, d’oppression, c’est effectivement le Devenir révolutionnaire, parce qu’il n’y a pas d’autre chose à faire. Quand on nous dit après « Ah, ça tourne mal », tout ça.. : on ne parle pas de la même chose. C’est comme si on parlait deux langues tout à fait différentes : l’Avenir de l’histoire et le Devenir actuel des gens, c’est pas la même chose. »
De l’élitisme
12/12/10
J’ai rédigé cet article pour la revue de l’association des anciens de l’IPEST: l’Hirondelle
Qui d’entre nous, ipestiens, n’a pas entendu dire : « vous êtes l’élite, vous êtes l’espoir d’un avenir meilleur, etc. » ? Ce genre d’affirmations, on en a entendu souvent, à l’entrée de l’IPEST, pendant la scolarité, et peut être un peu moins au moment de l’attribution des bourses d’études.
Je trouve normal que le directeur de l’IPEST ou qu’un orateur cherchant à remplir les bancs de son école d’ingénieurs fassent l’éloge de notre « parcours scolaire » et nous disent ce genre d’affirmations. Que le responsable de l’établissement essaye de motiver les troupes, d’accord. Le problème, c’est quand des étudiants tombent émerveillés en entendant ces mots mélodiques qui flattent leurs égos et qu’ils commencent réellement à le croire pendant le reste de leur existence!
Un des exemples que j’ai personnellement vécu, et qui est en relation avec cette conception élitiste: j’ai été dans un échange de mails avec des personnes que je ne connaissais pas mais avec qui le hasard m’a amené à collaborer. On avait le même âge et un parcours scolaire et professionnel équivalent… et voilà que les gens s’auto-félicitaient, avec des slogans irritants du genre « on est l’espoir d’un pays », « on compte sur nous pour faire évoluer les choses »… et j’en passe !
Plusieurs choses me dérangent dans ce comportement. Ce dont j’ai le plus horreur, c’est qu’entre ces personnes et la modestie, il y a du chemin à faire… Je ne vais pas faire un cours sur la modestie, nous avons tous des expériences de la vie pour que chacun aie un sens de la morale. Ce que je pourrais rappeler, c’est que, dit-on, plus on connait de choses plus on a la capacité de mesurer son ignorance. Que des gens reconnaissent en une personne ses qualités et ses mérites, cela me parait légitime. Par contre, je trouve affilgeant que quelqu’un se définisse comme élite intellectuelle ou scientifique. Cette auto-reconnaissance n’est que le reflet de naiveté et d’arrogance.
Il y a aussi le fait que ce positionnement renforce la médiocrité intellectuelle de ces gens là en les résignant à penser dans la limite d’un spectre d’idées très étroit qu’ils s’imposent eux même. Avoir cette attitude élitiste mène à poser des barrières avec ce qui sort du cadre que la conception de cette élite délimite. C’est rompre avec les idées qui ne proviennent pas de ceux qui ne sont pas considérés « du même niveau ». C’est regarder les choses sous un seul angle, en croyant, bien évidemment, avoir raison.
Je me rappelle bien des derniers mots que nous a dits le directeur de notre école lors de la remise des diplômes : « soyez modestes, et ayez du sens dans ce que vous faites »
L’illetré
3/09/09
Certains définissent l’homme comme « animal parlant ». L’Homme parle, et parler c’est exprimer ses pensées, craintes, colères, idées, dégoûts… Je ne vous apporte rien de nouveau en disant que « Parler » n’est pas le seul verbe qui traduit cette action d’expression: Certains préfèrent user leur aisance à l’oral, d’autres la finesse de leur plume, il y en a qui s’expriment à travers un art franchant l’abstraction et illustrant leur manière de percevoir le monde.
Je n’ai pas de talent artistique, je n’ai jamais essayé de cultiver en moi la faculté de peindre ni la joie de balader mes doigt sur le clavier d’un piano… Je suis parmis ceux qui utilisent des mots pour exprimer leurs idées. Peut être songerais-je que c’est le moyen le plus direct pour aller vers ce qu’on veut exprimer? Ce dont je suis sûr, c’est que j’ai un penchant pour les mots, et que cette préférence exige d’être assez outillé pour pouvoir prétendre à une telle position.
Mais, me voilà contraint par une boite à outils qui n’a pas les dimensions que je souhaite! Voilà que ma cervelle n’a retenu de ces 18 ans d’études que des mots « maigres », peu expressifs, trop scientifiques peut être? Voilà que je trouve les exemples dans la loi de la dynamique ou la théorie de l’information!
Me voilà quelqu’un qui prend des positions vis-à-vis de ce qui l’entoure, qui essaye de forger des idées dans son esprit sur telle ou telle situation, mais qui est incapable de transformer l’idée en phrases. Ce processus d’expression, qui part d’un abstrait qu’on récupère du fond de notre réservoir d’idées et qui aboutit à une formulation avec des mots que les autres comprennent et qui ne s’éloignent pas trop de notre point de départ, est frainé par un manque lexical grave!




